RSF Blog - le blog du Répertoire de la Science Fiction

Le RSF Blog est le blog du Répertoire de la Science-Fiction. Nouvelles de la galaxie des littératures de l'imaginaire, critiques livres, critiques ciné. Au menu : de la SF, de la Fantasy et une petite dose de fantastique.

19 novembre 2009

Nous sommes au regret de...

nous_sommes_au_regret_deNous sommes au regret de...

De Dino Buzzati

Pavillons Poche – 323 pages

Tous les jours, Dino Buzzati écrivait. Dans son appartement milanais une grosse malle renfermait ses carnets de notes. Il en remplissait deux ou trois par an, consignant articles, anecdotes, extraits de revues, compte rendus de rencontres, courtes histoires, esquisses de nouvelles, poèmes et même schémas de batailles pendant la guerre. Pas tout à fait un journal intime, ni un brouillon de ses futures œuvres, ses carnets secrets lui étaient indispensables et faisait de lui ce qu'il était : un écrivain. 

Nous sommes au regret de ... est une compilation de courts textes tirés de ces carnets. Des textes particulièrement acides ou pessimistes, réalistes, fantastiques ou absurdes, qui portent un regard affuté sur la société, évoquent le temps qui fuit et l'approche de la mort, jouent avec l'orgueil ou la vanité de l'espèce humaine, dénoncent l'hypocrisie de nos semblables. Dans quelques textes Dino Buzzati inverse les échelles de valeurs pour mieux nous mettre en porte-à-faux et pointer les absurdités de nos sociétés modernes. Ces textes sont mes préférés. Dans Déclaration de revenu, la honte ultime lors d'un contrôle fiscal est de voir baisser les montants déclarés... c'est qu'il ne s'agit pas de "faire de l'épate"... Dans L'ibi le crime parfait consiste à commettre un meurtre et à se faire condamner à la plus lourde peine mais quelle déchéance quand les autorités persistent à vous croire innocent alors même que vous avez bien pris soin de laisser de nombreuses traces de votre méfait. De même dans une société où Le scandale  est la norme, il est parfois difficile de donner le change. Ou que faire quand la délinquance sénile fait son apparition ? Comment lutter contre les bandes organisées de vieux rebelles ? Quelles solutions adopter pour cette "vieillesse brûlée" lorsque des lois toujours plus sévères et des centres de rééducations se révèlent inefficaces ? Vous l'aurez compris, la thématique traitée dans Les vieillards terribles est toujours d'actualité.

Parfois grinçants ou amusants, drôles ou cyniques, acerbes ou poétiques, ironiques ou grotesques, tragiques ou comiques, ces textes, variés dans les thématiques, offrent une belle occasion de retrouver la plume féroce de Dino Buzzati. Certains textes comme Le petit cheval ou En l'accompagnant jusqu'à l'ascenseur ont été repris et publiés dans des recueils de nouvelles sous de nouveaux titres.

Plus d'avis chez Blog-O-Book (bientôt).

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14 novembre 2009

69

6969

Anthologie dirigée par Charlotte Volper

ActuSF Les 3 souhaits - 166 pages

Vous connaissez la SFQ ? Non ? SFQ C'est l'étiquette qu'ont apposé les éditions ActuSF sur leur anthologie 69. 69 comme la position du Kama Sutra. 69 comme l'année érotique. Un titre emblématique pour une anthologie de nouvelles mêlant SF et érotisme. La science-fiction orientée "Q" en somme. Et ça commence avec la couverture qui prend un air pop vintage pour nous mettre dans l'ambiance. Au sommaire de l'anthologie nous trouvons 12 textes qui jouent sur les fantasmes, le désir, le plaisir des sens.

La nouvelle de Stéphane Beauverger, qui ouvre le recueil, nous ramène en 1969, l'année où, si l'homme peut marcher sur la lune, alors tout peut changer... pour une femme. Le texte est très émouvant et sa fin ouverte laisse planer espoirs et doutes. Le style de Stéphane Beauverger est très fin et réussit à rendre palpable l'ambiance d'un basculement prochain de la société. C'est une très belle introduction pour la suite. Maïa Mazaurette nous emmène dans l'intimité de la nuit de noces d'un très jeune couple dans un complexe hôtelier où tout est fait pour vivre une première fois inoubliable.  La méthode choisie par le jeune homme (à l'ancienne) va le marquer à jamais. Une bonne donne d'humour et d'ironie doublé d'un joli coup de griffe contre la tyrannie du sexe qui s'impose peu à peu dans notre société. Le texte de Daylon, dans un monde où les poupées synthétiques dotées d'intelligence sont les travailleuses du sexe moderne,  est plus cru, plus violent à la fois dans la construction et dans le style. La nouvelle de Mélanie Fazi contraste par sa finesse et la justesse des émotions (le manque s'imprime dans la chair du lecteur aussi) et du ton. Une perle. Grâce à un cinéma interactif, Francis Berthelot parvient à érotiser un péplum sanguinaire par un jeu de séduction entre personnages testostéronés à outrance. Un régal. Sylvie Lainé joue avec les sensations du sexe sans sexe (vive la chimie) et les frustrations qui en découlent. Sa nouvelle est une totale réussite. A contrario, j'ai déjà presque oublié le texte de Norbert Merjagnan qui ne manque pourtant pas d'intensité mais qui m'a paru long et ne m'a pas convaincue. Tout comme le sabbat de Gudule pourtant très bien écrit mais dont la chute m'a parue assez faible. Le texte de Charlotte Bousquet, très classique dans sa forme, nous fait voyager au 19eme siècle pour assister à la vengeance d'une jeune femme assassinée pendant une nuit d'amour. La nouvelle de Jean Marc Ligny nous ramène brusquement à la réalité et à notre quotidien pour décrire la déliquescence d'un couple dont vont se nourrir des succubes. A frémir. Seul reproche : l'abus de l'adjectif "matriciel" (4 fois relevé) qui m'a exaspéré (oui ce n'est qu'un détail). Dans la nouvelle de Virginie Bétruger le retour sur terre d'un astronaute de la station spatiale dans un monde ravagé devient le prétexte pour évoquer les coups foireux. Le texte de Joëlle Wintrebert est, à mon avis, le plus "sexe". En tout cas c'est le seul à m'avoir fait rougir. Sur une planète hostile à l'homme, une petite colonie essaie de survivre mais se retrouve dans l'impossibilité de procréer. Le sexe avec les autochtones (des papillons géants) est le seul moyen de retrouver une fécondité normale. Cette nouvelle clôt l'anthologie en beauté. 

69 est une réussite. Les nouvelles sont de hautes volées, l'anthologie est cohérente et de belle tenue tant sur la forme (papier, police de caractère, maquette sobre mais très soignée) que sur le fond (jamais grossière ni outrancière). Le 7eme ciel n'est pas loin.  Reste que le terme SF est à prendre au sens large car certains textes relèvent du fantastique. Quant à la nouvelle de Stéphane Beauverger aucune étiquette SFFF ne peut lui être apposée. 

Égoïstement 69 a été pour moi l'occasion de découvrir de nouveaux auteurs avec lesquels j'ai envie de poursuivre, comme Stéphane Beauverger, Francis Berthelot, Sylvie Lainé et Joëlle Wintrebert, de donner une chance à d'autres dont les précédents textes ne m'avaient pas convaincue - comme Maïa Mazaurette et son Sacre dans l'anthologie Rois et capitaines - et de retrouver des auteurs que j'apprécie (Mélanie Fazi, Charlotte Bousquet, Jean-Marc Ligny).

Le sommaire complet :

  • Stéphane Beauverger, Eddy Merckx n’est jamais allé à Vérone
  • Maïa Mazaurette, Saturnales
  • Daylon, Misvirginity
  • Mélanie Fazi, Miroir de porcelaine
  • Francis Berthelot, LXIX
  • Sylvie Lainé, Toi, que j’ai bue en quatre fois
  • Norbert Merjagnan, Louise ionisée
  • Gudule, Sabbat
  • Charlotte Bousquet, Les Métamorphoses d’une martyre
  • Jean-Marc Ligny, Vertiges de l’amour
  • Virginie Bétruger, Descente
  • Joëlle Wintrebert, Camélions

Lire aussi les avis de la NooSFere, de Temps de livre, de Angua et de Elle (rubrique Love & Sexe, et non pas littérature... on se demande pourquoi)

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28 octobre 2009

La première pierre

la_premi_re_pierreLa première pierre

d'Ursula K. Le Guin

Editions Souffle du Rêve -  livret A6 -  28 pages

Bernard Henninger est un passionné de SF. Il a créé sa propre structure éditoriale (artisanale) et publie des livrets de nouvelles pour trois fois rien. La première pierre est au prix de 2,80€ c'est dire. Dans son envoi, Bernard Henninger a ajouté en bonus une de ses créations : une courte nouvelle teintée de nostalgie intitulée La buraliste.

Si l'édition de La première pierre, nouvelle inédite en France, est artisanale, elle n'est pas sans intérêt puisque, en plus du texte, l'auteur a rédigé une postface qui éclaire le lecteur à la fois sur le processus de création de l'auteur et sur le sens de la nouvelle. Elle n'est pas dénuée d'ironie envers une certaine institution dont nous tairons le nom pour préserver le suspens. La couverture est aussi très belle et le motif fait écho au texte.

La première pierre nous dresse sur quelques pages le portrait d'une société de castes. Les nurs sont au service des olbs. Ils assurent la cuisine, la construction, l'entretien des bâtiments et notamment des universités des olbs qui passent leur temps à méditer en fumant. Les olbs ont droit de vie et de mort sur les nurs. Mais un jour, Bu, une nur chargée de l'entretien des mosaïques de l'université d'Obling, fait une découverte avec l'une des pierres... La description est méticuleuse, la narration ramassée et les dialogues donnent du rythme à un récit très descriptif. Une nouvelle intelligente à savourer sans arrière pensée.

Lire aussi l'avis sur la NooSFere. Visiter le site des éditions Souffle du Rêve.

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21 septembre 2009

Sexe & SF ?

La rentrée littéraire dans les genres de l'imaginaire (ou dit de façon moins pudique mais plus longue en science-fiction, fantasy et fantastique) sera-t-elle chaude comme la braise ? 2009, une année érotique ? On dirait bien puisqu'après l'annonce des   éditions Griffe d'encre de publier Chasseurs de fantasme  une anthologie mélangeant érotisme et imaginaire, c'est au tour des Trois Souhaits (Editions ActuSF) de se lancer. Baptisée 69 elle mêlera  Sexe et Imaginaire avec des nouvelles de Stéphane Beauverger, Francis Berthelot, Maïa Mazaurette, Daylon, Mélanie Fazi, Sylvie Lainé, Jean-Marc Ligny...  ActuSF a même trouvé un nom pur le genre : SFQ ...

De quoi étoffer encore plus ma PAL (PAL horizontale parce que verticale c'est une tour)  qui contient ... 62 livres (et je ne parle que des livres de SFFF pas des 200 autres en littérature  "mainstream"...). 

La couverture est de Diego Tripodi, illustrateur argentin qui a déjà réalisé This Is Not America.

couv69


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17 juin 2009

Rois et capitaines

Rois_et_CapitainesRois et capitaines

Anthologie présentée par Stéphanie Nicot

Mnémos - 352 pages

Je vous avais parlé du lancement de cette anthologie lors des Imaginales 2009 (voir le Volume 2). Stéphanie Nicot conseillait d'ailleurs de lire les nouvelles dans l'ordre présenté. Obéissante, c'est avec délectation que je me suis plongée dans 12 récits héroïques, épiques, sanglants ou poétiques.

Voici le sommaire avec, une fois n'est pas coutume, une note sous forme d'étoiles

  • Jean-Philippe Jaworski, Montefellòne ****
  • Rachel Tanner, La Damoiselle et le roitelet **
  • Claire & Robert Belmas, Dans la main de l'orage *
  • Maïa Mazaurette, Sacre **
  • Lionel Davoust, L'impassible armada ****
  • Catherine Dufour, Le Prince des pucelles ***
  • Thomas Day, La Reine sans nom ***
  • Armand Cabasson, Serpent-Bélier ***
  • Pierre Bordage, Au coeur de l'Aaran ***
  • Johan Heliot, Au plus élevé Trône du monde **
  • Julien d'Hem, Le Crépuscule de l'Ours ***
  • Laurent Kloetzer, L'Orage **

Ce sont les mots de Stéphanie Nicot qui ouvrent le bal. Sa préface, intelligente et bien écrite, présente les nouvelles, sans les déflorer, et le thème tout en les ancrant à la fois dans une tradition littéraire ancienne, celle du conte, et dans notre réalité historique et contemporaine, celle des guerres et des horreurs que l'être humain fait pleuvoir sur ses semblables. En témoignent ces mots : "On fait souvent à la fantasy le reproche de cultiver un goût assez louche de la violence. Comme si la vie réelle des êtres humains, sur notre planète ne l'était pas, empreinte de violence, entre massacres, famines, génocides, fanatisme religieux, horreur économique..." Stéphanie Nicot fait sa profession de foi en reprenant les mots de Stéphane Marsan qui préfaçait, en 1999, l'anthologie Légendaire : "J'aime la fantasy. Je veux dire, je l'aime vraiment. Il me paraît important d'ouvrir sur cette profession de foi : qu'un ouvrage ne tienne pas son origine d'une descente dans les prétendues sous-catégories de la science-fiction, mais d'une évidence subjective, celle de l'émotion littéraire." Cette préface, enfin, donne envie de découvrir les 12 textes qui compose cette anthologie.

Montefellòne de Jean-Philippe Jaworski nous plonge tout de suite dans l'action avec le siège de la ville de Montefellòne. On s'y croirait : les bruits des machines de guerre, les odeurs de champs de bataille, le goût du sang sont rendus de façon magistrale par une plume haute en couleur. Mention spéciale au vocabulaire très riche qui emprunte au registre médiéval des termes tantôt spécialisés tantôt surannés mais toujours charmeurs et charmants. Un texte flamboyant, un souffle héroïque... quelle entrée en matière !

La Damoiselle de Rachel Tanner nous dépeint une femme libre à jamais, une Jeanne d'Arc indomptable. La modernité de la langue utilisée ne cadre pas toujours bien avec le thème de la nouvelle et on frise parfois l'anachronisme en vocabulaire (je ne suis pas sûre, par exemple, qu'à l'époque décrite "bordel" soit déjà devenu un juron). Le plaisir de la lecture en est légèrement diminué.

Dans la main de l'orage de Claire & Robert Belmas nous emmène dans un conte. On sent derrière cet épisode particulier un univers riche mais qui ne peut se développer sur la longueur de la nouvelle. La magie du conte, basée sur la puissance des forces d'un lointain passé reléguées dans l'imaginaire collectif, opère même si le personnage principal manque d'épaisseur (ce qui est souvent le cas dans les contes, le personnage n'étant qu'un vecteur de l'histoire et pas un héros).

Sacre de Maïa Mazaurette met en scène Louis IX enfant et sa mère Blanche de Castille qui assure la régence. Louis est constamment accompagné du mystérieux capitaine Jones. Au début j'ai cru que le capitaines Jones était un chien. Quand j'ai compris ce qu'il était j'ai bien ri (la nouvelle ne manque pas de piquant) mais je me suis aussi dit que ça ne collait pas. Certaines phrases comme "Louis se tourna vers le capitaine Jones" ou "Pas de problème il suivait toujours" ne tenaient plus debout après la révélation finale et l'effet voulu tombait à l'eau.

L'impassible armada de Lionel Davoust confirme le talent de l'auteur découvert dans De Brocéliande en Avalon. Son armada est engluée dans un combat naval pas comme les autres et sans espoir de fin. Le regard porté sur le thème est original, novateur. La tension est palpable, l'angoisse prégnante. Les personnages sont ambivalents. On est bien loin des rivages connus des batailles et des scènes épiques de fantasy médiévale et c'est bon, très bon. Une réussite.

Dans Le Prince des pucelles, Catherine Dufour nous offre un conte de fées accommodé à sa sauce personnelle. Son texte est bourré de clins d'œil et détourne avec beaucoup d'humour les thèmes traditionnels des contes de fées. Et finalement les princes ne sont plus ce qu'ils étaient...

La nouvelle de Thomas Day, La reine sans nom, est très courte et emplie d'une poésie que je ne soupçonnais pas chez l'auteur dont les écrits sont souvent outranciers ou violents (on a les a priori qu'on veut hein). Elle tranche avec le reste de l'anthologie mais ne dénote pas pour autant. Une bien belle surprise.

Serpent-Bélier d'Armand Cabasson est un texte de fantasy historique où les divinités oubliées de Russie viennent jouer un rôle dans la guerre contre les Mongols au 13eme siècle. On retrouve le talent de l'auteur de La Dame des MacEnnen pour mêler Histoire et Mythes tout en nous faisant vivre des moments très forts en émotions que ce soit dans les combats ou dans les parcours des personnages.

Nous embarquons sur le Xerken avec l'équipage de Pierre Bordage pour trouver, Au coeur de l'Aaran, un terrible et dangereux désert, une esgasse. Cette créature mythique donne puissance et jeunesse éternelle à celui qui boit un peu de son sang et aiguise les convoitises. Le talent de conteur de Pierre Bordage captive le lecteur, les personnages sont bien dessinés et l'ambiance aventureuse très bien rendue.

 Au plus élevé Trône du monde de Johan Heliot est un hommage à une célèbre figure du 17eme siècle, Cyrano de Bergerac, qui accueille, à Sélénopolis, sur la Lune, son ami Charles de Batz-Castelmore, comte d'Artagnan, après son décès à la bataille de Maastricht. La nouvelle est truffée de références truculentes mais j'avoue ne pas être assez cultivée pour les saisir toutes.

Julien d'Hem, Le Crépuscule de l'Ours nous emmène sur les pas d'un héros entré dans la légende au moment même où, ironie de la vie, il se remet en question. Un texte fort qui marque le lecteur et l'imprègne durablement mais qui n'est pas exempt de défauts de style (des passages intempestifs du passé au présent par exemple ont un peu gêné ma lecture). Ce texte, d'un auteur débutant, n'a pas à rougir d'une comparaison avec les autres. Il aurait néanmoins mérité un peu plus de travail de relecture comme le polissage final d'une pierre précieuse.    

Terminer mon voyage avec La nouvelle de Laurent Kloetzer, L'Orage, n'a pas été très heureux. Je suis restée hermétique non pas à l'univers de l'auteur mais au procédé des rêves successifs qui vont jusqu'à effacer la notion de réalité. La fin, très ambiguë et qui ne permet pas de démêler le réel de l'imaginaire, m'a laissée sur ma faim (c'est mon gros défaut, j'aime les fins "nettes" ou fermées). Du coup j'ai terminé ma lecture sur une impression mitigée mais avec l'envie de découvrir un peu plus les écrits de Laurent Kloetzer (non, non, ce n'est pas paradoxal).

Rois et capitaines tient ses promesses. J'ai passé un excellent moment de lecture, savourant les nouvelles petit à petit. Le thème m'avait fait craindre la monotonie mais la diversité des traitements et des points de vue démontre que la fantasy même sur un thème "heroïc" n'est pas monocorde et réserve de belles surprises. 

Pardon de mettre épanchée de la sorte mais Rois et capitaines méritait bien qu'on s'y arrête le temps d'un billet un peu plus long que les autres (même si détailler chaque nouvelle peut paraître fastidieux). 

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12 juin 2009

L

LL

Anthologie de Charlotte Bousquet

CDS Editions - 191 pages

Une couverture intrigante signée Fablyrr

Une accroche engagée:

« L »
Là-bas. En enfer. On Hell.
Trahies, asservies, meurtries.
On leur a brisé les ailes.
Là-bas. En enfer. On Hell.
Pas si loin d’ici. Tout près, parfois. Si près.
Entravées. Mutilées. Violées.
On leur a volé leur vie.
Des ailes. Pour Elles. On Hell.
Pour qu’elles s’enfuient. Pour qu’elles s’envolent. Pour qu’elles soient libres.
Enfin.

« L ». Elle(s). Hell. Aile(s). Trois mots contenus dans une simple lettre. Trois mots pour signifier l’horreur, le combat, la liberté, l’indépendance, aussi. Trois mots, une infinité d’univers, d’histoires et de contes sur les femmes, pour les femmes…

Un sommaire en forme de Playlist

  1. Legs d’honneur de Nicolas Cluzeau
  2. Luciole de Li-Cam
  3. L raider de Virginia Schilli
  4. Larme de laine de Joëlle Wintrebert
  5. Lune de mon cœur de Lucie Chenu
  6. Lésions de Maëlig Duval
  7. La bouche de Nathalie Dau
  8. L’âme bleue de Menolly
  9. Liberté de Justine Niogret
  10. Laylat d’ Ambre Dubois
  11. La jetée de M.B.Cras
  12. Libre choix de Sophie Dabat
  13. Libera me de Jean-Michel Calvez
  14. L.A. Woman d’ Estelle Valls de Gomis
  15. Bonus track : Carnage de Sire Cédric

Et des droits reversés à l'association Aurore - La maison Cœur de femmes qui accueille des femmes en danger ou en souffrance, battues, violées...

Pour ne pas oublier qu'en France, pays soi-disant civilisé, tous les 3 jours une femme meurt de violences conjugales.

Rien que pour toutes ces raisons il FAUT acheter et lire cette anthologie engagée, préparée et dirigée par Charlotte Bousquet.

Mais les nouvelles dans tout ça me demanderez-vous ? La couverture nous promettait l'enfer sur terre pour les femmes. Les nouvelles le matérialise avec force et puissance, entre pratiques barbares traditionnelles et petites violences quotidiennes ordinaires. J'ai lu L comme j'écoute un album. Généralement sur un CD certains titres me parlent, me font vibrer, déclenchent une tempête d'émotions quand d'autres me laissent froide ou indifférente. Il est rare que l'album entier me plaise. Avec L toute les plages m'ont procuré des sensations, des émotions, douces ou violentes, qui sont allées du dégoût à la révolte en passant par l'espoir, la tristesse ou la tendresse pour des personnages magnifiques qui pourraient être vous ou moi. 

Du côté des titres qui m'ont le plus impressionnés :
La bouche où Nathalie Dau traite de l'infibulation, une pratique qui consiste à coudre le sexe des femmes après l'excision. La nouvelle est cruelle et l'ironie finale réjouissante
Larme de laine de Joëlle Wintrebert est une perle d'espoir dans un monde de brutes.
Lune de mon coeur de Lucie Chenu où Lune nous raconte le courage de sa mère qui endure les violences d'un mari habité.
Avec Libera me de Jean Michel Calvez, le sort des sans-papiers nous révolte. 
Libre choix de Sophie Dabat nous plonge dans un monde parallèle : une société où des femmes infligent l'impensable à d'autres de leur sexe.

Certains textes comme Luciole de Li-Cam ou Larme de laine sont teintés de magie et d'une poésie légère et inattendue. Laylat d’Ambre Dubois et La jetée de M.B.Cras nous emmènent sur les traces du passé plus heureux de femmes qui ont tout perdu, ne sont plus rien et n'ont d'autre issue que la mort. Avec Lésions et Liberté, Maëlig Duval et Justine Niogret nous montrent comment les hommes, jaloux ou envieux,  bêtes ou inconscients emprisonnent les femmes en leur coupant littéralement les ailes.

Les femmes reprennent le pouvoir avec plus ou moins de brutalité dans Legs d'honneur de Nicolas Cluzeau, L raider de Virginia Schilli. Tout comme dans Carnage de Sire Cédric qui fustige au passage la lâcheté de l'être humain. Une lâcheté exacerbée dans L’âme bleue de Menolly où l'âme de l'héroïne, percluse de bleue , tente de survivre.

L'avant dernier titre détonne un peu. Avec LA Woman d'Estelle Vall de Gomis on retrouve un Jim Morrison, chauffeur de taxi, errant dans Los Angeles, son amante. Évasion garantie dans une ville maltraitée.

Dans toutes les nouvelles se pose la question du choix : celui de lutter, celui de choisir sa vie ...ou même sa mort.

15 nouvelles, 15 bonnes raisons de plus de lire cette anthologie.

Lire aussi l'avis sur Psychovision

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29 mars 2009

Contes carnivores

contes_carnivoresContes carnivores

De Bernard Quiriny

Seuil - 244 pages

Les Contes carnivores mettent en scène un curé argentin possédant plusieurs corps, un botaniste qui tombe amoureux de ses plantes carnivores, les biographies de 11 écrivains morts et inconnus, des marées noires érigées au rang d’art par une société d’esthètes, une femme-orange (le fruit pas la couleur), un peuple d’Indiens d’Amazonie dont le langage défie tous les linguistes, des miroirs offrant des reflets aux accents de vérité sans oublier un mystérieux personnage récurrent nommé Pierre Gould...

Dans des univers décalés, avec un brin de folie, une pointe d’absurde, une touche de fantastique, et de sérieuses références, Bernard Quiriny nous offre 14 contes baroques, cruels ou drôles dans un style maîtrisé et élégant. L’écriture est fine, subtile, sans ostentation ni artifices. En 2008 Contes carnivores a reçu le Prix Victor Rossel (le Rossel est un peu le Goncourt belge) et le Prix du Style. C’est tout à fait mérité. Avec une mention spéciale à Sanguine, la première nouvelle (et la meilleure à mon avis), qui place la barre très haut et reste inégalée. A la lecture, ce recueil est un petit bijou qu’on savoure, qu’on dévore et qui enchante. Mais quelques temps après la lecture les nouvelles s’effacent de l’esprit. Ces Contes carnivores sont comme un assortiment de bonbons acidulés : ils procurent beaucoup de sensations à la lecture, on ne peut leur résister et s’empêcher de les dévorer les uns derrière les autres, mais ils ne laissent qu’un souvenir vague ensuite. Quel dommage que ce recueil charmant et charmeur n’imprègne pas durablement le lecteur.

Autre bémol pour moi : la nouvelle éponyme, qui clôt le recueil. Elle est de facture très classique voire très  conventionnelle, trop en tout cas pour constituer un bon bouquet final. L’impression de déjà lu, malgré la très belle écriture, transforme le feu d’artifice en pétard mouillé.

Un plaisir immédiat, à savourer sans arrière pensée

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13 décembre 2008

De Brocéliande en Avalon

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Anthologie de Lucie CHENU

Terre de Brume - 210 pages

Revisiter les mythes arthuriens n’est pas facile. Lucie Chenu a eu la bonne idée de les transposer à notre époque et les auteurs qui ont contribué à ce recueil ont, chacun à leur façon, fait revivre Arthur et ses chevaliers dans notre réalité quotidienne. Le résultat : une anthologie de qualité, très riche dans laquelle les nouvelles se suivent et ne se ressemblent pas.

Sommaire

  • Retour sous le hêtre de Jean Millemann
  • Lancelot aux Enfers de Adam Roy
  • Près du mur de Deirdre Laurin
  • Locataires Découpés de Rachel Tanner
  • Owein de Nathalie Dau
  • L'Île close de Lionel Davoust
  • Le Quadragénaire et la Dame d'Argent de Megan Lindholm
  • Fort 53 de Pierre Bordage
  • Désaccordé (Tuned in DAGDAD) de Léa Silhol

Je suis passée par tous les états avec cette anthologie. Du « bof bof » au « beurk » en passant par des « waouh » enthousiastes.

Du côté du « bof bof »
Retour sous le hêtre nous conduit dans la forêt de Brocéliande avec sérénité, sensualité et poésie. La magie des mots n’a pas opéré. Le texte n’a pas réussi à me transporter à Brocéliande. 
Près du mur : c’est une histoire d’amour à travers les âges et les frontières. La plume est puissante mais l’histoire est un peu bancale et obscure. 
Fort 53 : Perceval est perdu au milieu d’une guerre absurde.
Le Quadragénaire et la Dame d'Argent : décidément que ce soit Robin Hobb ou Megan Lindholm  je n’accroche pas.

Le « beurk »
Lancelot aux enfers : un texte à peine divertissant à l’humour lourd, aux références pesantes et aux clins d’œil trop appuyés.

Les « waouh »
Locataires découpés : retrouver Morgane en astrologue qui défend des locataires victimes d’une multinationale dirigée par Merlin ne manque pas de piquant. C’est vif et drôle. J’aime.
L'île close : les mythes englués en eux même. Arthur, Lancelot et les autres sont piégés sur une île dont ils ne peuvent s’échapper et revivent éternellement la même aventure. L’émotion nous gagne à la lecture de ce très beau texte. C'est un vrai coup de coeur.
Owein : une histoire d’amour impossible. Un texte étrange et mystérieux teinté de poésie qui ne dévoile pas tous ses secrets même après plusieurs lectures. 
Désaccordé (Tuned in DAGDAD) : les chevaliers de la Table Ronde ne sont plus raccords.

C'est donc une petite déception pour moi.

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06 décembre 2008

Dérobade

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Dérobade

De Jess Kaan

Editions de l'Oxymore – 285 pages

Dérobade est le premier recueil de nouvelles de Jess Kaan.

Sommaire :

  • Quand lune saigne
  • London Calling
  • Dionée
  • Iliana Letchawa
  • Sukkal
  • Katzenstreu
  • An urban and modern Faery Tale - enfin presque
  • Dérobade
  • Bloody Venise
  • Rustbelt
  • Le bayou

J’avais déjà lu deux de ces textes dans des anthologies de l’Oxymore (très bonne maison d’édition malheureusement défunte). Bloody Venise figurait dans Emblèmes Venise Noire (où l’on retrouvait aussi La cité travestie de Mélanie Fazi) et Quand lune saigne était au sommaire de Emblèmes Lilith et ses sœurs.

Ce qui m’a surpris dans ce recueil c’est la diversité des thèmes abordés, des traitements de ces thèmes, des ambiances qui se dégagent et de l’écriture en elle même. Chaque nouvelle est une surprise, une découverte et nous plonge dans un monde différent. C’est plaisant mais l’absence de fil conducteur, de cohérence du recueil, peut dérouter et générer une frustration, celle de ne découvrir qu’une petite part de l’univers de l’auteur, un univers que l’on devine riche mais qui nous restera un peu étranger.

Certaines nouvelles m’ont laissées plutôt froide : Quand Lune saigne, Bloody Venise, Rustbelt, Iliana Letchawa, Dérobade. D’autres m’ont beaucoup plu. Dionée revisite d’une horrible façon le thème de la maison hantée. J’en ai frémi. London Calling m’a replongé avec plaisir dans les délices de la fantasy urbaine matinée de steampunk et doublée d'un hommage aux Clash. Sukkal et Le bayou sont d’une poésie touchante et qu’on attendait pas forcément (c’est un recueil plein de surprises je vous le disais plus haut).

Mes coups de cœur vont à Katzenstreu et An Urban and Modern Faery Tale - enfin presque. Dans la première le héros doit choisir entre son chat et sa petite amie car elles s’insupportent toutes les deux. Le choix vire au cauchemar. La nouvelle est courte et percutante. Dans An Urban and Modern Faery Tale - enfin presque Charlotte Perrault et Olga Grimm se livrent une guerre sans merci avec leurs armes préférées, les personnages des contes de leurs aïeux, au risque de déclencher l’Apocalypse plus vite que prévu ce qui n’arrange ni les affaires du diable ni celle de Dieu. Rire assuré malgré la noirceur du thème.

Jess Kaan est un touche à tout : on trouve dans ce recueil un peu de critique sociale, de mythologie, d'écologie, de poésie ... mais toujours sous un angle décalé et horrifique.

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17 septembre 2008

Notre Dame aux Ecailles

notre_dame_aux_ecaillesNotre Dame aux Ecailles

De Mélanie Fazi

Bragelonne - 313 pages

Notre Dame aux Ecailles est une anthologie de textes parus dans différents supports accompagnées de nouvelles inédites.

Du côté des textes déjà parus on trouve :
La cité travestie, parue dans Emblèmes Venise Noire chez L’Oxymore (maison défunte d’éditions de Léa Silhol)
En forme de dragon, parue dans Rock Stars chez Nestiveqnen
Les cinq soirs du lion, parue dans Le Monde 2
Villa Rosalie, parue dans Fantasy 2006 chez Bragelonne
Le noeud cajun, paru dans De minuit à minuit chez Fleuve Noir
Notre Dame aux Ecailles, paru dans Fantasy 2005 chez Bragelonne

Les inédites
Langage de la peau
Le train de nuit
La danse au bord du fleuve
Mardi gras
Noces d’écume
Fantômes d’épingles


La cité travestie ouvre le recueil. J’avais déjà lu et relu ce texte (je possède une belle collection d’Emblèmes et de livres de l’Oxymore). J’étais déçue de commencer un nouveau « Fazi » par une nouvelle que je connaissais déjà mais j’ai eu l’agréable impression de retrouver un vieil ami et de goûter un plaisir que j’avais oublié. Le texte n’a pas perdu de sa force et reste angoissant à souhait. Le lecteur est projeté dans une Venise sombre et vivante, exigeante et sans pitié.

La nouvelle qui suit, En forme de Dragon, m’a profondément marquée. La musique est omniprésente et source d’inspiration pour d’autres arts (ici le dessin) mais aussi vampirisation. La créativité, la paternité sont deux thèmes abordés conjointement. En lisant cette nouvelle on entendrait presque les notes et les accords de guitare. Mélanie Fazi écrit mais elle vit une très grande histoire d’amour avec la musique et ça se voit. Le recueil est dédicacé à PJ Harvey et la musique est souvent présente. Les textes eux même portent un belle musicalité et se prêtent à la lecture à voix haute . Claude Ecken et Stéphanie Nicot en ont lus quelques extraits du recueil lors des Imaginales et l’auditoire était sous le charme. L’ouïe n’est pas le seul sens sollicité. Si le lecteur ressent presque physiquement les émotions et se retrouve immergé dans les univers de l’auteur (un monde qui ressemble au notre mais dans lequel la réalité bascule peu à peu dans le surnaturel ou le fantastique), c’est pare que Mélanie Fazi sollicite tous nos sens : les parfums, la chaleur des peaux, la froideur de l’eau, les bruits ou la saveur du vin donnent de multiples sensations. L’érotisme présent dans certaines nouvelles, comme Le langage de la peau et La danse au bord du fleuve renforce cette immersion.

L’eau, sous différentes formes, est un élément très présent dans les nouvelles mais le rapport à l’eau reste trouble : paisible ou agitée l’eau se révèle toujours inquiétante, souvent menaçante et parfois meurtrière. Le motif du serpent transparaît en clair ou en filigrane dans plusieurs nouvelles. La part animale de l’être humain se retrouve dans deux nouvelles (Le langage de la peau, Les cinq soirs du lion). Des thèmes plus classiques sont aussi abordés : la maison hantée (Villa Rosalie), le basculement dans la folie d’un père de famille (Le nœud cajun), le refus de la douleur à la mort de proches (Fantômes d’épingles), la tentation du suicide (Le train de nuit). Le traitement et l’angle de vue choisis font preuve d’originalité. Le basculement dans le fantastique se fait peu à peu avec une finesse portée par un style très travaillé mais sans artifice. Les ambiances et la psychologie des personnages prédominent. La plume de Mélanie Fazi est magique. Il n’y a pas d’autres mots. Et je vous invite à y goûter.

Un petit bémol cependant. La déception vient de l'éditeur ou de l'imprimeur. La couverture du recueil est magnifique mais certaines pages ne sont pas bien imprimées : les phrases descendent. Elles sont bien toutes parallèles et ne se chevauchent pas mais elles ne sont pas bien positionnées sur la page. Et c'est suffisamment flagrant pour que je m'en aperçoive...

Pour prolonger le plaisir vous pouvez consulter le blog de Mélanie Fazi

Posté par Lhisbei à 22:28 - Livres & BD - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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