12 septembre
12 septembre
Le califat de Stockholm T1
De Seiter et Gabrielli
Glénat - 48 pages
6 septembre 2011, au milieu de la baie de New York, Duncan Hoke, agent de la NSA, est en mission de surveillance d'un yacht saoudien sur lequel vient d'embarquer Ali Al-Khazam, suspecté de terrorisme par les autorités américaines. Se rendant compte qu'ils sont espionnés, les saoudiens tirent une roquette sur le petit voilier de Duncan. Sadie, son équipière et compagne, meurt sur le coup. Malgré des preuves irréfutables, la CIA décide de classer l'affaire et Duncan est mis en congés d'office. Il prend alors en filature Ali Al-Khazam et, dans un avion à destination de Malte, le 11 septembre, pendant que les tours du World Trade Center se consument, c'est le crash en plein océan. Duncan survit miraculeusement et se fait recueillir par une galère de Charles VII... en 1453.
Une première partie d'espionnage classique qui enchaîne avec une uchronie moyen-âgeuse, voici la surprise que nous réserve cette BD. Mais entre la première et la deuxième partie, la rupture, abrupte et sans transition, désarçonne le lecteur. La mise en contexte de la seconde partie traîne en longueur malgré une scène d'action. On a hâte de voir ce qu'il va arriver à Duncan dans ce moyen-âge uchronique et l'on n'y arrive pas assez vite. Ce premier tome d'exposition est donc frustrant à plus d'un titre puisqu'il est impossible de deviner l'intention des auteurs.
Du côté des détails qui chagrinent ... Duncan a une chance inouïe. Son bateau saute, il est éjecté et s'en sort avec quelques contusions. Son avion se plante en pleine mer, il survit et trouve même un débris d'épave qui le sauve. Ceux qui le recueillent, en 1453, en pleine guerre avec les sarrasins, font preuve d'une grande bienveillance alors qu'il pourrait être un espion ou un fou (ce que son discours et ses vêtements laissent penser). Bref quelques facilités de scénario qui gâchent un peu le plaisir. Du côté du dessin je suis mitigée. Certaines planches sont superbes, avec des couleurs à couper le souffle, quand d'autres nous offrent un dessin de moindre qualité surtout au niveau des visages des personnages dont les expressions sont parfois exagérées. Bref je ressors un peu déçue par cette BD mais avec une furieuse envie de connaître la suite et surtout les intentions des auteurs.
La première planche de la BD qui donne envie de plonger dans l'album :
(Clic)
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Yesterday
John Duval & The Futurians
Yesterday T1
De David Blot et Jérémie Royer
Manolosanctis - 56 pages
Nous sommes en 2003 et John Duval a 23 ans. John doit son prénom à la fascination de sa mère pour John Lennon et les Beatles. John est d'ailleurs né le jour de l'assassinat de John (vous suivez toujours ?). Fraîchement débarqué à New York, il s'installe dans l'appartement hérité de sa mère, heureux de commencer une nouvelle vie loin de Paris et de sa belle famille. Mais au réveil il se rend compte qu'il est projeté en 1960. Le choc est difficile à encaisser mais de fil en aiguille (et à la suite d'une déception amoureuse) il se retrouve, avec son groupe, à chanter Yesterday à la place des Beatles, avec le succès qu'on lui connaît.
Dans cette uchronie personnelle, premier tome d'une série, nous faisons la connaissance avec John qui nous raconte son histoire sous forme de confession intime. John est un personnage attachant, pétri de culpabilité à l'idée d'avior usurpé la place de John Lennon, d'être un voleur même si dans la réalité où il a été projeté, techniquement, il n'a rien volé puisqu'il a inventé les chansons des Beatles avant les Beatles. Le dessin est minimaliste, épuré, parfois un peu trop : certains personnages ne se différencient pas facilement. Les traites des visages auraient gagné à être un peu plus marqués parfois. Le scénario est bien rythmé, la mise en situation efficace, les pages se tournent toutes seules avec souvent un grand sourire au lèvres. J'attends maintenant la suite pour confirmer une bonne impression de départ.
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Cygnis
De Vincent Gessler
L'Atalante - 252 pages
Difficile de résumer l'intrigue de Cygnis sans en dévoiler trop. Plusieurs trames narratives se croisent pour se réunir dans un final surprenant. Humains et robots se partagent une planète qui ne ressemble plus du tout à notre Terre. La population humaine est disséminée en communauté, la forêt le dispute aux ruines. Les hommes ont oublié les évènements qui ont bouleversé leur monde. Seul le souvenir du Long Hiver persiste sous forme de légendes et les artefacts du passé découverts par les fouisseurs ne provoquent souvent que perplexité. Syn est un trappeur solitaire, perpétuellement accompagné par Ack, loup à l'allure étonnante. Sniper impitoyable il tue les diasols (des robots) qu'il croise sans scrupules ni hésitations. Sa main est sûre, son instinct fiable et son tir rate rarement sa cible. La fin de l'hiver approchant Syn retourne à Méandre mais lors d'une immense fête célébrant le printemps, les femmes sont enlevées et la ville pillée par les troglodytes. La guerre se profile. Une intrigue parallèle concernant les diasols se met en place. Au milieu de cette complexité, Syn cherche toujours à comprendre qui il est.
Roman contemplatif où l'ambiance ne prime pas pour autant sur l'action, l'écriture poétique immerge le lecteur dans un monde blanc de neige et de silence traversé par des éclats de violence, de bruit et de sang. Vincent Gessler n'épargne rien au lecteur : pillages, guerres, sang, sexe... La brutalité du récit est compensée par une écriture sophistiquée qui, parfois, en fait un peu trop. La construction non linéaire, bien maîtrisée, et qui induit des ruptures de rythme (ce que personnellement j'ai apprécié) est un atout de plus. Les en-têtes des chapitres en latin ouvrent des perspectives supplémentaires. Pourtant il manque quelque chose à ce roman pour que j'y adhère totalement. A deux reprises je me suis retrouvée à le contempler, admirative, en me disant « c'est magnifique » mais de l'extérieur, dans pour autant identifier ce qui m'en faisait sortir. Pour autant, je recommande chaudement la lecture de ce premier roman admirablement travaillé, riche et et porté par une voix originale. Notons aussi que le roman, publié par l'Atalante, bénéficie d'une très belle couverture : intrigante pour ceux qui n'ont pas encore lu le livre, elle fait sens une fois le roman terminé.
Un extrait :
« Ils passent la nuit à l'abri des espaces immenses et des ombres. Les rayons de l'aube illuminent la rosace et tendent sur les murs un dessin arachnéen et fabuleux qui glisse vers le sol en suivant la course du soleil. Syn et Leah observent cet instant magique, enlacés dans la chaleur du réveil.
Ack se réveille soudain, regarde autour de lui comme s'il était perdu et enfouit sa truffe humide sous l'aisselle de Syn, qui sursaute : « Jaloux ! »
Une complicité nouvelle les accompagne durant le petit-déjeuner partagé en silence. Le moindre bruit ou froissement résonne et rappelle les dimensions du bâtiment. Leah explore une dernière fois l'édifice démesuré, contemple le labyrinthe et les autres figures tracées dans le pierre, les sculptures aux murs, les peintures effacées du plafond.
Ils se retirent par la grande porte et marchent entre les ruines. La lumière du matin prête aux rues vides d'autres impressions, des ambiances qui ont pu exister dans le passé et que reconstituent en pensée Syn et Leah dans leur traversée. »
- Lire les avis de Cachou et Nelfe puisque c'est une lecture commune
- Lire les avis de Critic, le Cafard Cosmique, Phénix Web, Mythologica, Solaris, Val, Gromovar, Efelle, Lelf, Julien le Naufragé, Cédric Jeanneret, De.w, Les chroniques de l'Imaginaire, Viinz, BlackWolf, Le courrier picard, L'autre-monde.
- Prix Utopiales et Prix Verlanger 2010
- Et une guirlande de logos pour accompagner ce roman :
Challenge Fins du monde Défi Littérature suisse
Miscellanées de nouvelles (3)
Les nouvelles sont probablement ce que je trouve le plus facilement en ebook à un prix raisonnable (voire gratuitement). Grâce notamment au Bélial' et à Angle Mort (que nous remercions au passage). Pour cette troisième édition du vrac de nouvelles, je ne déroge pas à la règle du menu : entrée, plat, fromage et dessert.
Commençons donc par « L'Aventure de la cité ultime » de Sylvie Denis, nouvelle offerte au téléchargement par Le Bélial jusqu'au 31 janvier 2012 (oui, le 31 c'est aujourd'hui, j'ai trop traîné à rédiger ce billet). Sherlock Holmes et le docteur Watson se retrouvent à enquêter sur des meurtres sur une colonie lunaire, dernier refuge de l'humanité en 12 563. Tous les codes sont respectés et, si ce n'est le décalage temporel, on pourrait croire que cette nouvelle est de la plume de Sir Arthur Conan Doyle. De la contrefaçon de haut vol et qui ne mérite pour punition que d'être lue. Une belle mise en bouche.
Passons maintenant au plat principal du menu du jour. « Chimères » de Ugo Bellagamba reçu le prix Rosny aîné de la nouvelle en 2005 et se télécharge pour la modique somme de 2,99€ sur le site de l'éditeur. Mon premier achat d'ebook (et oui, la phase de transition est en cours). Et aucun regret. Sur trois générations de femmes - Ugo Bellagamba aime les personnages féminins on dirait, et elles le lui rendent bien - nous assistons à la colonisation d'une planète hostile et réfractaire. Trois destins de femmes, trois récits intenses mettant en scène des métamorphes protecteurs. Sur un schéma classique - naissance, vie et mort d'une espèce artificielle - Ugo Bellagamba offre un texte dense, passionnant, puissant et évocateur. Encore une fois, je suis charmée par la plume de Ugo Bellagamba. A mettre dans toutes les mains.
Continuons avec « L'IA qui écrivait des romans d'amour » d'Olivier Paquet parue dans Angle Mort n°5. Ancholie est la première de son espèce : un super-calculateur expérimental qui doit voir ses capacités augmentées grâce un accès à la conscience. Cette accès se double chez elle (oui finalement elle est genrée cette IA même si on ne sait pas très bien pourquoi) d'une propension à écrire un roman d'amour. L’IA est très froide dans ses raisonnements, n'éprouve aucun sentiments (ce qui l'oppose à l'humain qui s'y est attaché) et c’est parfaitement ce qu’on attend d’une IA. Pas d'émotions pour la machine mais le lecteur, lui, n'est pas épargné.
En guise de dessert (gourmand le dessert), « Mortelles ritournelles » de Greg Egan, nouvelle extraite du recueil Océanique. Michael Underwood, consultant en musique créative pour l'Usine à Inspiration (si, si) choisit et agence la musique des pubs. Mélomane averti mais frustré par son travail, il ne sait pas encore qu'il signe un pacte avec le diable en acceptant la proposition de John Halbright. Ce dernier a conçu un modèle mathématique capable de fabriquer des mélodies inoubliables. Tellement inoubliables qu'elles en deviennent mortelles. Un texte qui, sur une l'idée simple, fascine. Un extrait pour la peine.
« Song to the siren de This Mortal Coil déferla dans son crâne comme de l'argent liquide, effaçant la pièce, son corps et toutes les indignités de la journée. Il avait l'impression de flotter, désincarné dans l'obscurité vibrante, son âme entrant en résonance avec chaque note, tandis que la voix insupportablement douce de la chanteuse le plongeait dans des flammes fraîches, translucides et purificatrices.
Ce rituel de chaque soir représentait bien plus pour lui que le plaisir de la musique en elle-même. Il avait désespérément besoin d'être rassuré : même si son métier exigeait qu'il la traite comme un instrument de psychologie marketing parmi tant d'autres, une partie de lui demeurait capable de l'apprécier en tant que telle. Une partie de lui pouvait encore être touchée. »
Utopiales 2011 - Anthologie officielle
Anthologie officielle du festival Utopiales
ActuSF - 235 pages
« Le Radeau du Titanic » de James Moorow est une uchronie doublée d’une utopie. Lors du naufrage du Titanic, plutôt que de le laisser couler, le capitaine et son équipage fabriquent un radeau improbable. Bilan : seulement 17 morts et une lente dérive qui commence sous la houlette d’un capitaine improvisé, qui tient plus ou moins scrupuleusement un journal de bord. J’adore les uchronies et les utopies mais celle-ci ne m’a pas convainque. Pourquoi ? Eh bien simplement parce que le radeau et la traversée sont bien trop improbables justement : pas de tempête à essuyer, des épaves qui apportent à point nommé des denrées vitales, pas d’épidémie, bref, vous l’avez compris, une utopie un peu trop utopique et qui demande une trop grande suspension d’incrédulité. Par contre, je compte bien revenir à l’œuvre de James Morrow parce que la plume est belle, teintée d’un humour de bon aloi et que les personnages sont, sur un texte court, finement croqués.
« Le Train de la réalité (fragment) » de Roland C. Wagner est un écho à Rêves de Gloire où l’on suit un groupe de rock’n’roll embarqué dans les 60, dans le circuit des concerts underground en territoire Algérois et qui va faire danser la casbah des vautriens tout en résistant au psychodélisme... Porté par un style écrit/parlé, raconté à la première personne par le batteur de ce groupe dont il faut rechercher le nom dans Rêve de Gloire, ça remue, ça décoiffe et ça fait piaffer d’impatience en attendant la sortie du recueil de nouvelles à paraître en février chez l’Atalante. Un extrait pour vous donner une idée :
« Y nous z’ont fait un rappel. Et un aut’. J’y croyais pas et les aut’ non plus. On leur a joué deux fois Blue Suede Shoes et y z’en red’mandaient encore. Après ça, tout l’monde y nous voulait dans l’circuit. Et on a pigé fissa pourquoi. Les aut’ groupes y s’étaient pas bons. La p’upart des gus y savaient même pas jouer, y s’étaient mis ensemble pour faireud’ la musique, mais si qu’on les f’sait passer dans le circuit c’était à caused’ leur putains d’paroles ! Pasqu’y z’étaient engagés, politiqu’ment engagés, et engagés du côté qu’y fallait pour plaire au public du circuit, où y avait quand même, faut l’dire, surtout des beatniks et des gauchistes. »
« L’Invention du hasard » de Norbert Merjagnan nous projette dans un futur où l’échange de corps est possible via une transplantation du cerveau. Lavinia, qui suite à un traumatisme pendant l’enfance, s’est choisi une persona différente accepte la proposition d’un vieux milliardaire d’échanger leurs corps. Si lui court après une fontaine de jouvence, ses motivations à elle sont bien plus complexes. Des deux lequel joue Faust ? Et la fin, étonnante, promet une nouvelle bascule : où s’arrête la réalité et où commence la fiction ?
Dans la courte nouvelle fantastique de Tim Powers, « Lignes parallèles », Caroleen est aux prises avec le fantôme de sa jumelle Beverly qui cherche à revenir d’entre les morts. Paradoxalement c’est l’insistance Beverly qui accélèrera le travail de deuil. Classique dans son thème, ce texte intrigue et met le lecteur suffisamment mal à l’aise pour lui donner envie de découvrir un peu plus les nouvelles fantastique de Tim Powers.
« K**l me, I’m famous ! » d'Éric Holstein a un goût de trop peu. Sur fond de rock, le narrateur assiste à la déchéance de Nick, charismatique leader des Ambassadors, après sa rencontre avec Bella. Vampirisme ? Effets ravageurs de la drogue ? L’ambiguïté ne sera jamais levée.
« Salvador » de Lucius Shepard nous emmène en Amérique du Sud en pleine guerre. On y suit un commando des forces spéciales américaines confronté à l'esprit vengeur de la tribu qu'ils viennent de massacrer. A moins que ce ne soit une hallucination due aux drogues inhalées par les soldats pour chasser la peur et décupler l’ardeur à exterminer son prochain. Une puissance d’évocation à couper le souffle, encore.
« Pragmata » de David Calvo a d’abord été publiée dans Angle mort en février 2011. Ce texte fragmenté, éclaté, sur les affres de la création ne m’a pas séduite, avouons-le. En lisant le début j’ai eu l’impression de voir un épisode de Bref (je précise tout de même, pour ne pas voir d’interprétations malheureuses, que j’aime bien Bref). Néanmoins, si je passe un bon moment avec cette série, elle ne laisse pas beaucoup de traces. C’est un peu ce qui m’est arrivé avec cette nouvelle de David Calvo. Elle ne m’a pas marqué plus que ça.
Comme l'année dernière, ActuSF nous offre une anthologie d’une excellente tenue. A lire sans modération. Dois-je ajouter que j'adore la couverture, reproduction de l'illustration de l'affiche du festival 2011 des Utopiales signée Greg Broadmore ?
- Lire aussi les avis de Sci-Fi Universe, Mythologica, Anudar, Xapur,
- Lire un extrait de la nouvelle de Roland C. Wagner « Le Train de la réalité (fragment) ».

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Lune des loups
Lune des Loups
Contes de la Maison Blanche T1
De Diana Kennedy
Atelier d'Art de Diana Kennedy - 48 pages, N/B, couverture couleur
Nous sommes en 1793 en Américanie et plus précisément dans la province du Wolves Moon, un vaste territoire où la toundra le dispute aux collines arides. John F. Kennedy, entamant sa campagne pour les élections présidentielles, s'y rend pour tenter de gagner les électeurs à la cause de son parti. Las ! Le conducteur de la diligence censée l'amener Takatemkpa-Hill n'est pas de son bord politique et l'abandonne en plein milieu de nulle-part. Et c'est le début d'une aventure palpitante sur les traces d'un mystère autour du crash d'un Zeppelin.
Cette BD sans bulle (ou roman graphique si l'on préfère) permet à la fois d'avoir des dessins bien travaillés, presque épurés en noir et blanc, très réussis, avec des personnages aux expressions animées, et une histoire passionnante, teintée d'action et de rebondissement à la "Indiana Jones", et qui nous fait entrer très vite dans l'univers original inventé par Diana Kennedy. En Américanie, en plus de se déplacer à cheval, de cotoyer des mammouths, des lions et des loups, on est polygame multisexe - John F. Kennedy est marié avec 5 femmes et 2 hommes, on a le choix de sa religion - Kennedy est un païen dans la tradition de ses ancêtres celtes - et les deux partis en compétition pour les élections sont Les Gardiens de la République, conservateurs, dont l'emblème est le puissant mammouth et les Scouts du nouveau sentier, libéraux et progressistes dont l'emblème est l'onagre. Rassurez-vous, je ne vous dévoile qu'un petit bout de l'univers dans lequel évolue John F. Kennedy. A vrai dire nous avons à peine dépassé la page 3... Ce qui devrait vous donner une idée de la richesse de l'univers construit par l'auteur.
Habituellement, je ne suis pas très fan des publications auto-éditées : la plupart des oeuvres manquent de qualité, de travail éditorial ou de relecture. Ici j'ai été plus qu'agréablement surprise par le travail de Diana Kennedy sur le fond et la forme. Une belle maquette, une histoire solide, crédible (projeter une figure aussi emblématique de JFK à une époque aussi extravagante n'est pas aisé) et bien rythmée, une relecture attentive qui a éliminé presque toutes les coquilles offrent aux lecteurs de passer un excellent moment. Le papier, légèrement glacé, au grain et à la texture agréable met en valeur la couverture, couverture qui rend mieux "en vrai" que son image sur le net le laisse penser. J'attends la suite avec impatience puisque Lune des loups est le premier tome d'une série. Je ne devrais pas trop souffrir puisque les tomes 2 et 3 sortent respectivement en juin et octobre de cette année.
- Visiter le site de Diana Kennedy et celui consacré à JF Kennedy.
- Lire l'interview de Diana Kennedy : (1), (2), (3)

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La morsure de la passion
De Michele Hauf
Harlequin - 271 pages
Parfois il me prend des idées bizarres. Faire de cet ebook Harlequin Bit Lit une lecture commune en est une. Et l'idée et encore plus saugrenue quand on connaît mon attrait pour la Bit Lit, pour la romance et pour les clichés. Trois ingrédients majeurs de cet Harlequin-là.
Les ingrédients de la Bit Lit :
1/ un vampire, Nikolaus Drake (admirons au passage la construction du nom du personnage avec ses k rugueux (slaves ?) et son Drake qui rappelle Vlad) : beau et sexy (genre Pattinson mais en plus viril puisque tatoué), chef de bande tribu intelligent et charismatique (parce que le vampire est un être sociable c'est bien connu et la tribu des Kilas en est la preuve vivante)
2/ Ravin Crosse (quel prénom original ! pas étonnant que Drake ne cesse de l'appeler mon chou) une sorcière puissante et tueuse de vampire en sus : sale caractère mais mignonne (genre Buffy en plus âgée, de 200 ans pour être précise)
3/ le Diable : machiavélique (normal), qui sent le soufre (normal aussi) et qui s'incarne en Johnny Depp le plus souvent (preuve que Michele Hauf a, au moins, bon goût). Seul personnage auquel on s'attache un peu (son côté punk probablement) mais dont la machination (extrêmement alambiquée pour obtenir un résultat assez insignifiant au final) nous fait dire qu'il a vraiment une éternité à perdre...
4/ des loups-garous : rivaux des vampires mais qui font de la figuration-alibi jusqu'à la fin où il servent enfin à quelque chose (et à mettre en valeur les talents de leader éclairé de notre Drake) ...
5/ un vampire plus âgé, plus sanguinaire, qui veut être calife à la place du calife (mais bon il est un peu stupide et c'est à se demander comment il a pu survivre aussi longtemps) et baptisé Truvin (*soupir*) Stone.
6/ un philtre d'amour sinon ce ne serait pas drôle.
Les ingrédients de la romance : Ravin part en chasse et blesse Drake qui survit malgré de graves blessures. Il devient donc un phénix, c'est-à-dire « un vampire qui avait su renaître de ses cendres » (toutes les lectrices n'ont pas accès à Wikipedia et, quand bien même, avec les homonymes autant prendre des précautions) ce qui en fait un vampire surpuissant, presque invincible. Il fait irruption dans l'appartement de Ravin pour la tuer mais cette dernière ingurgite par mégarde (si, si, si !) le philtre d'amour qu'elle préparait pour s'acquitter d'une dette envers le diable (elle a pactisé avec Satan pour obtenir un pouvoir magique supplémentaire). Drake boit son sang, sang contaminé par le philtre et tombe instantanément amoureux de Ravin. S'en suit un jeu de "je l'aime ? M'aime-t-il ? Mon dieu ce n'est pas bien de l'aimer ? il va me détester quand l'effet du philtre ce sera estompé". Bien sûr les effets d'un philtre d'amour ne sont pas éternels... L'amour triomphera-t-il ? Ne faites pas une crise cardiaque... n'oubliez pas que c'est un Harlequin donc oui, l'amour se joue de tous les obstacles et le mot "end" est précédé de "happy".
Les ingrédients des clichés : trop nombreux pour être listés y compris dans les scènes de galipettes. Le roman n'est qu'une longue suite de stéréotypes mais le pire est d'arriver à transformer une femme indépendante et forte en midinette prête à tout sacrifier (tout équivalant ici à 200 ans d'une vie libre) pour pouvoir vivre heureuse et avoir beaucoup d'enfants avec l'être aimé. Un extrait pour vous donner une idée de la force de l'Amour :
« Il posa une main sur son ventre et sentit les battements affolés de son cœur. Elle n’avait rien à craindre de lui… Mais où était passée l’intrépide tueuse de vampires ?
Et à ce propos, qu’était donc devenu le phénix qui était prêt à tout pour éliminer la tueuse ?
Maudit philtre ! Nikolaus se vit en train d’emporter la sorcière sur ses épaules pour la mettre au bûcher.
Il imaginait sans peine la scène, mais c’était son cœur désormais qui commandait. Et qui lui dictait de chercher à connaître la femme qui se cachait derrière la sorcière et de l’aimer pour elle-même. »
Par moments, j'ai eu l'impression que Michele Hauf maîtrisait bien les codes du genre vampirique et notamment l'oeuvre d'Anne Rice puisqu'elle mentionne la Nouvelle Orléans à deux reprises (et la seconde ressemble à un tacle) :
« La tribu des kilas était petite mais pas stupide. Nikolaus l'avait prudemment tenue éloignée de New York, de Miami ou de La Nouvelle Orléans, les plus grands berceaux de vampires. »
« D'où ce vampire s'était-il échappé ? De l'asile le plus proche sûrement ? A sa connaissance, tous les vampires cinglés étaient partis pour La Nouvelle Orléans. »
J'ai aussi parfois l'impression que la relation Drake Truvin présentait des similitudes avec celle qui unissait Lestat/Louis mais je me fais peut-être des idées. Aurais-je trop lu Anne Rice ?
Du côté du style c'est assez plat même si, a priori, le roman a l'air correctement traduit. J'ai été surprise de la construction du roman qui intégre un flash-back alors que je m'attendais à une construction linéaire (souvenir de précédentes lectures lors d'un été désoeuvré et, surtout, très pluvieux). Mais globalement ce bouquin reste sans grand intérêt et n'apporte rien au genre fantastique. Michele Hauf nous propose de la Romance with Bite. Ce sera sans moi.
- Lire aussi les avis de Val, Gromovar, Cédric Jeanneret, Angua,
La Ballade de Lila K
De Blandine Le Callet
Stock - 400 pages
Voila un livre qui titillait ma curiosité depuis un moment. Publié dans une collection mainstream alors que l'histoire se tient dans un futur proche (dans une centaine d'années) et dans une société dystopique, La Ballade de Lila K ressemble furieusement à de la SF qui se cache ou qu'on cache. Pudiquement, dans la presse, on parle d'anticipation. Dans les articles, à demi-mot quand on l'évoque, la SF est reléguée au rang de décor... Alors SF ou pas SF ? Étiquette ou pas étiquette ?
L'histoire est celle de Lila, recueillie par le Centre quand elle est encore gamine. Elle a été retirée à sa mère et confiée au Centre, une institution de réhabilitation en plein coeur de Paris. C'est elle qui retrace son histoire, ses efforts pour paraître normale et pouvoir sortir du centre à sa majorité. Elle est tendue vers un seul objectif : retrouver sa mère. Pour cela elle se laisse, en apparence, formater et modeler pour entrer dans les standards de la normalité préconisés par la société. En toile de fond on voit cette société évoluer progressivement vers une dystopie. Les caméras quadrillent l'espace, même personnel, mais, manque de chance, visionner les images en permanence est impossible. Le culte de la santé à tout prix, celui de beauté et de la jeunesse prédominent et ceux qui refusent les injections anti-rides sont considérés comme des anti-conformistes filant un mauvais coton. Les livres, réputés dangereux non pas sur le fond mais sur la forme puisque le papier et l'encre peuvent provoquer des allergies, doivent être manipulés avec moults précautions. Pour des raisons de santé publique il convient donc d'utiliser des gants pour feuilleter les livres papier et le grammabook, une liseuse électronique, doit être, logiquement, privilégié. La censure est donc bien plus facile à mettre en oeuvre par ce biais. Nous avons donc une société parente de celles de 1984 ou de Fahrenheit 451 mais l'élément science-fictionnel reste toujours au second plan. Blandine Le Callet ne s'interroge pas sur les conséquences sociales et humaines de l'évolution de cette société. Ce qui l'intéresse c'est l'histoire de la petite Lila et sa relation à la mère et aux autres, son destin personnel. L'amateur de SF, pur et dur, restera sur sa fin de par le point de vue adopté : une focale sur un individu unisque et le manque de regard global, d'une réflexion sur cette société dystopique. Mais l'amateur de littérature (SF ou pas) appréciera l'histoire et la narration, simple mais évocatrice, de Lila K. De Blandine Le Callet, j'avais beaucoup aimé Une pièce montée, roman choral autour d'un mariage (et qui a été porté à l'écran me semble-t-il). Dans La Ballade de Lila K plus que le background SF, ce sont la voix de Lila, le ton et l'écriture ciselée de Blandine Le Callet qui m'ont séduite. Ce roman se dévore d'une traite, la voix de Lila, forte, vibrante, émouvante est parfaitement restituée par l'auteur. SF ou pas SF là n'est pas la question puisque nous avons affaire,ici, à un très bon roman, tout simplement.
Un extrait :
« On passe sa vie à construire des barrières au-delà desquelles on s'interdit d'aller : derrière, il y a tous les monstres que l'on s'est créés. On les croit terribles, invincibles, mais ce n'est pas vrai. Dès qu'on trouve le courage de les affronter, ils se révèlent bien plus faibles qu'on ne se l'imaginait. Ils perdent consistance, s'évaporent peu à peu. Au point qu'on se demande, pour finir, s'ils existaient vraiment. »
Le Dragon Griaule
De Lucius Shepard
Le Bélial' - 500 pages
Vous vous souvenez à quel point j’étais impatiente de lire ce livre après la découverte de la première nouvelle qui le compose « L’homme qui peignit le Dragon Griaule » ? Vous vous souvenez de ma joie quand l’éditeur avait envoyé en avance les exemplaires pré-commandés ? Donc depuis le 17 septembre Le Dragon Griaule dormait dans ma PAL. Pourquoi ? Tout bonnement parce qu’il souffrait du syndrome de la « brique » ou du « pavé ». Quoi ? Tu appelles pavé un bouquin de 500 pages ? Tu ne pousse pas un peu là ? Et bien non. Parce que les 500 pages de ce recueil sont imprimées avec une police de caractère pas bien grande (même si elle se révèle vraiment confortable à la lecture) et que les marges sont réduites à leur plus simple expression (j'ai mesuré : 1,2 cm pour la marge de droite, de quoi impressionner le lecteur). Et s’il n’y avait que cela… La nouvelle « L’homme qui peignit le Dragon Griaule » avait aussi suscité chez moi une telle attente vis à vis du recueil que j’e redoutais une déception. Il me fallait un temps pour me remettre des mes émotions et ne pas faire porter le poids d’attentes démesurées aux autres textes du Dragon Griaule. Ce qui fait que, comme certains livres avant lui, je ne me suis pas jetée sur Le Dragon Griaule à son arrivée. La perspective d’écouter Lucius Shepard aux Utopiales m’a cependant poussée à prendre le taureau par les cornes et à me plonger dans cette lecture. Ensuite il m'a fallu le temps de le lire - et je peux vous dire que j'ai pris le temps de savourer chaque nouvelle - puis celui de mûrir ce billet. Alors ce Dragon Griaule a-t-il été à la hauteur de mes attentes ?
Pas la peine de faire durer le suspens plus longtemps. Oui, cent fois oui, Le Dragon Griaule a été à la hauteur de mes attentes. Il les a même dépassées. Les textes ont été écrits à différents moments de la vie de Lucius Shepard avec, parfois, un intervalle de temps important entre deux nouvelles. Elles sont donc très différentes malgré un fil conducteur : Griaule, dont le portrait est dessiné en creux jusqu'au dernier texte. Au fil des nouvelles le propos se fait plus ouvertement politique surtout dans la dernière, contemporaine. Chaque nouvelle est commentée par Lucius Shepard dans une postface surprenante. Regrouper les commentaires de l'auteur en fin d'ouvrage plutôt qu'en ouverture ou à la suite de chaque texte est une bonne idée tant l'éclairage apporté étonne. Malgré leur densité, les nouvelles se lisent toutes seules et le plaisir de lecture, intense, ne se perd jamais. Et la lecture continue de nourrir en réflexions et perspectives bien après la dernière page tournée.
Je ne reviens pas sur la première nouvelle qui a été un coup de coeur ; elle pose le cadre et nous permet de faire connaissance avec la figure de Griaule, ce dragon immense et cloué au sol en Amérique du Sud par un sortilège millénaire. Balayons ensemble les autres textes du recueil. « La Fille du chasseur d’écailles » nous emmène dans les entrailles du Dragon, où vivent en symbiose une peuplade d'êtres humains dégénérés et où se réfugie l'héroïne, Catherine, bien malgré elle. Griaule a un message à faire passer et l'a choisie pour le décoder. La manipulation de la vie de Catherine par Griaule, vertigineuse, permet de commencer à mesurer à quel point le Dragon nous est étranger même si nous le découvrons un peu mieux au fil de la nouvelle. Impossible de l'aimer ou de ressentir la moindre empathie pour lui. Impossible aussi de ne pas être fasciné par sa personnalité manipulatrice, par son côté "grand marionnettiste", omnipotent, omniscient et immortel qui fait de lui l'égal d'un dieu. Lucius Shepard joue à merveille de cette dualité amour/haine qui taraude le lecteur.
« Le Père des pierres » nous éloigne de Griaule dans l'espace mais nous en rapproche par la pensée. Un avocat tente de défendre un riche lapidaire qui a assassiné l'amant de sa fille, un prêtre du Temple du dragon. En théorie nous sommes loin de la sphère d'influence de Griaule or il décide de faire tenir sa défense sur ce point précis. Ici les machinations sont multiples et le Dragon fait ressortir ce qu'il y a de plus vil et de corrompu dans l'homme (ou la femme d'ailleurs). « Le Père des pierres » marque aussi pour moi une évolution dans le propos : la critique sociale devient plus explicite. Pour vous donner une idée, voici un extrait :
Durant les neuf ans qui avaient suivi l'obtention de son diplôme, il s'était voué corps et âme à son travail, parvenant à un certain degré de réussite mais sans jamais dépasser le niveau d'un fils de paysan ayant accédé à la classe supérieure ; des avocats moins doués que lui avaient connu une réussite plus éclatante que la sienne, et il avait fini par comprendre ce qu'il aurait dû savoir dès le début : la loi écrite est subordonnée à la loi tacite des liens du sang et de la position sociale. Parvenu à l'âge de trente-trois ans, il devenait un idéaliste en perte d'idéal, mais ayant conservé intacte sa fascination pour le judiciaire, ce qui le rendait vulnérable à une forme dangereuse de cynisme - dangereuse parce qu'ele induisait en lui un mélange volatil d'anciennes vertus et de compulsions encore mal comprises. Ces derniers temps, le bouillonnement de ce mélange le rendait erratique, sujet aux sautes d'humeur et réticent à l'égard des espoirs et des principes de sa jeunesse. En fait, songea-t-il, il était dans un état proche de celui d'Almintra : un quartier ouvrier reposant sur de solides valeurs, qui avait jadis espéré progresser dans l'échelle sociale mais qui n'aspirait plus aujourd'hui qu'à devenir un taudis.
Dans « La Maison du menteur » Griaule trouve le moyen de se reproduire, même s'il reste immobile. Pour cela il piège une dragonne, et choisit Hota, un type bas du front et pas très recommandable, comme vecteur génétique. Dans cette nouvelle le lecteur en apprend un peu plus sur l'âme et l'essence des dragons et leur capacité à contrôler leur forme matérielle. Et l'emprise mentale de Griaule, néfaste, s'étend de plus en plus loin. Le ton est plus cru, la violence plus franche. Hota se pose des questions existentielles et côtoie de près la folie tant ses repères s'effritent.
« L'Écaille de Taborin » est truffée de notes de bas de page souvent superflues et parfois totalement inutiles (la 1 et la 5) sauf pour le lecteur qui déciderait de commencer le recueil par le milieu. Le procédé m'a prodigieusement agacée (comme quoi les petits riens parfois). Dans une ultime manipulation, Griaule met en scène sa fin spectaculaire (enfin la fin de son corps de dragon). Les personnages embarqués contre leur gré comme figurants puis spectateurs tentent de se construire une vie pour éviter la folie. Difficile de ne pas voir dans la famille recomposée qui focalise l'attention, un décorticage en règle de certaines cellules familiales contemporaines.
La nouvelle intitulée « Le Crâne » a été écrite spécialement pour ce recueil. Sa parution française est donc la première. Ce n'est pas la seule particularité de ce texte : il est aussi le plus récent (2011) et le plus long, se rapprochant plus d'une novella que d'une short story. Griaule, mort et dépecé, s'est incarné en un homme dangereux, avide de pouvoir, aux réactions inhumaines. On y trouve une critique encore plus explicite des USA et de ses ressortissants lorsque, sortis de leur pays, ils se montrent stupides, inconscients et aveugles. On y trouve aussi une critique des régimes politiques sud américains et des exactions des factions extrémistes. Cette nouvelle tranche avec le reste du recueil : l'époque, le ton, et Griaule sont différents. Le dragon est à présent physiquement actif et mentalement plus faible de par sa condition humaine. Un extrait pour vous donner une idée de l'état d'esprit de l'américain perdu au Temalagua et qui va devoir affronter Jefe, l'incarnation de Griaule.
J'avais quitté les États-Unis cinq ans plus tôt, découragé par la tournure que prenait ma vie, lassé par la médiocrité de la tragédie américaine, par la mentalité consumériste et la frénésie de marketing qui l'avait engendrée, par les scandales fabriqués de toutes pièces afin de distraire le peuple de problèmes plus aigus, par tous les éléments, jusqu'au dernier, de ce carnaval de mensonges... J'espérais qu'un paysage plus coloré purgerait ma cervelle de la lie qui s'y était accumulée, mais, où que j'aille, il me semblait que j'apportais avec moi l'ennui et la médiocrité, et ma vie demeurait banale et indifférente au monde.
Des six nouvelles qui composent le recueil, quatre sont des coups de coeur : « L’homme qui peignit le Dragon Griaule », « La Fille du chasseur d’écailles », « Le Père des pierres » et « Le Crâne ». Je suis sous le charme et je n'ai pas fini de lire la production de Lucius Shepard.
Pour terminer, parlons du contenant. Le recueil proposé par Le Bélial' est un écrin pour les textes de Lucius Shepard. L'objet livre est superbe : une couverture splendide (avec des rabats illustrés), un marque-page, et, surtout, de magnifiques illustrations de Nicolas Fructus, pour chaque nouvelle, toutes dans un style différent. Ma préférence va aux deux dernières et surtout à la dernière (une tête de dragon fascinante devant laquelle je reste sans voix) et à celle qui ouvre le recueil que voici, pour le plaisir des yeux :
En résumé : un auteur talentueux, un traducteur à la hauteur, un illustrateur inspiré et un éditeur investi nous offrent un bel ouvrage. Pardon d'avoir été si longue mais pour une déclaration d'amour, parfois, il faut savoir prendre son temps.
- Lire les avis de SFU, Chronicart, Critic, Délices & Daubes, Machinations démiurges (sur les deux premières nouvelles), Manu, Efelle, Charybde.
- Regarder la vidéo de l'interview de Lucius Shepard aux Utopiales
Louisiana Breakdown
De Lucius Shepard
J'ai Lu - 192 pages
Louisiana breakdown est un court roman à l'ambiance particulière. L'histoire tient sur quelques jours, le temps pour Jack de faire réparer sa voiture. Mais ces quelques jours sont bien suffisant pour qu'il tombe amoureux de Vida. Vida, fantasque, Reine du Solstice qui va bientôt rendre sa couronne, est persuadée que Jack peut la sauver de l'envoutement qu'elle subit de la part d'un ex petit-ami. Dès le premier chapitre, le ton est donné pour décrire l'ambiance de cette petite ville paumée et hors du temps. Très descriptif, il permet de brosser le portrait de Graal, entre marais et autoroute, par petites touches impressionnistes qui restituent l'indolence de la vie à Graal. Les phrases dans verbes sont autant d'instantanés, des photos prises sur le vif qui capturent des moments de vie, pas très gaie d'ailleurs. Une mosqaïque d'impressions qui transcrit l'indolence des habitants. Il y a deux façons de percevoir Graal. Celle de Jack, rationnelle pour lequel la ville est un trou à rats, une bourgade qui périclite aux habitants à la mystique bizarre. Celle des habitants, empreinte d'une magie séculaire typique de La Louisiane, sous-tendue par des puissances avec lesquelles pactiser reste dangereux. Les chapitres se focalisent tantôt sur Jack, tantôt sur Vida, alternant les deux points de vue. Jusqu'à la fin les deux visions peuvent cohabiter dans l'esprit du lecteur sans que l'une prenne le pas sur l'autre : la magie est-elle réelle ou le fruit d'une hallucination collective ?
Jack se laisse porter par les évènements : il est coincée quelques jours à Graal et n'a pas d'autre choix que de se laisser vivre. Il s'en sort pas plus mal comme ça d'ailleurs. D'habitude les personnages passifs m'agacent mais Jack échappe à ce phénomène. C'est probablement dû au fait qu'il accepte les gens tels qu'ils sont, qu'il ne rejette pas la bizarrerie. Il ne juge pas ce qu'il ne comprend pas. Il ne croit pas à la magie, au surnaturel mais pour autant il ne méprise pas ceux qui y croient, ne leur appose pas une étiquette de dingues même s'ils sont parfois effrayants.
Louisiana breakdown est aussi un court roman d'amour. Une histoire d'amour qui se fonde sur un malentendu chacun attendant quelque chose de l'autre, quelque chose dont il n'a bien évidemment pas conscience (mais c'est le propre d'une histoire d'amour non ?). Jack sent confusément qu'il a une mission et que toute la ville a le regard braqué sur lui, mais il peine à comprendre ce qui le rend touchant de maladresse. La fin reste un peu trop évasive et a généré une petite dose de frustration. Sans cela j'aurais été envoûtée pour de bon.
Un extrait représentatif de la ville de Graal et du roman :
« Occupant la moitié d'une façade vitrée sur East Monroe, une boutique affichait en devanture Les Remèdes en lettres dorées, au centre d'un ovale transparent ; le reste de la vitrine, bombé à la peinture noire, était décoré de croix ansées en argent, d'étoiles, des croissants d'or et d'autres symboles ésotériques que Mustaine ne parvenait pas à identifier. Sur la porte, en lettres plus petites, se trouvait l'inscription :
Nedra Hawes
Oracles et divination médiumnique
L'autre moitié du bâtiment était occupée par une boutique nommée Les Deux Oreilles. Le store étant baissé, Mustaine ne réussit pas à décider s'il s'agissait d'un magasin de literie ou d'un disquaire. Quoi qu'il en soit, il se dit que cette promiscuité entre le mystique et le banal confirmait son idée : à Graal, ces deux systèmes apparemment antagonistes se trouvaient à la fois associés et nettement distincts, comme les pièces d'un puzzle qui s'emboitent tout en représentant des éléments séparés d'un même ensemble. »
- Lire les avis de Cafard Cosmique, Efelle, Vert, Spocky, Elysio, Roz, Les vagabonds du Rêve, Fluctuat.net,
Et terminons avec cette version blues de "Louisiana Breakdown"
























