RSF Blog - le blog du Répertoire de la Science Fiction

02 septembre 2014

Parution septembre 2014

livresVoici les parutions de septembre 2014 en littérature de l'imaginaire (liste non exhaustive, il me manque notamment Bragelonne, Milady et Pannini).

Actusf
L'Héritière de Jeanne-A Debats
La Fleur de Verre de George R.R.Martin
En numérique : Celle qui voulait avoir 30 ans de Thomas Géha

Au Diable Vauvert
Zombie Ball de Paolo Bacigalupi
L'Alchimiste de Khaim de Paolo Bacigalupi
Le jour où la guerre s'arrêta de Pierre Bordage

Critic
Le Loupiot suivi de Hors normes de P.-J. Hérault

Denoël Lunes d'encre
Les Derniers Jours du paradis de Robert Charles Wilson

Direct 8
Déchirés de Peter Stenson

Éditions du Riez
Le Flibustier du froid de Ludovic Rosmorduc

Folio SF
Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère… et retrouvé l’amour de S. G. Browne
La soif primordiale de Pablo De Santis
Treis, altitude zéro de Norbert Merjagnan
Julian de Robert Charles Wilson

Griffe d'encre
Sale temps pour les poubelles de Guillaume Suzanne

Hélios
Abyme de Mathieu Gaborit
Plus grands sont les héros de Thomas Burnett Swann

J'ai Lu
Racines, Le Soldat chamane de Robin Hobb
Glissement de temps sur Mars de Philip K. Dick
Murmures souterrains, Le dernier apprenti sorcier T3 de Ben Aaronovitch
Nymphose, Les enfants d'Erebus T.2 de Jean-Luc Marcastel
Skin trade de George R.R. Martin

J'ai Lu Nouveaux Millénaires
Wild Cards de George R.R. Martin

L'Atalante
Une aspirante nommée Harrington, Recueil 3, de David Weber
Bleu Argent d'Olivier Paquet
Anomalie P de Stéphan Pajot

L'homme sans nom
Départs (collectif)

Le Bélial
Les Perséïdes de Robert Charles Wilson

Le Livre de Poche
Pandemonium, Delirium T2 de Lauren Oliver
L’appel Du Sang de Stephenie Meyer
Warbreaker de Brandon Sanderson
Sans Âge, Le Protectorat de l'ombrelle T5 de Gail Carriger
Si on recommençait d'Eric-Emmanuel Schmitt

Les Moutons Electriques
Jack l'Éventreur, Les morts de Julien Bétan & A.F. Ruaud
Cosmonautes ! Essai d’Alex Nicolavitch
Dico des créatures oubliées d'André-François Ruaud
Miyazaki de Raphaël Colson & Gaël Régner

Mnémos
Faeries Stories de Johan Heliot

Mirobole
Le jour où les zombies ont dévoré le Père-Noël de S. G. Browne

Pocket
Enki Bilal conversations avec Christophe Ono-Dit-Biot
Hypérion de Dan Simmons
La Romance de Ténébreuse IV de Marion Zimmer Bradley
Chiens de guerre, L'Agent des ombres T7 de Michel Robert
Hypérion de Dan Simmons
Perry Rhodan, Les sept flibustiers de Clark Darlton et  K.-H. Scheer

Pygmalion
Les Cités des Anciens Intégrale T1 de Robin Hobb

Rivière blanche
Rancoeur de Simon Sanahujas
Dimension Écologies étrangères, anthologie dirigée par Fabien Lyraud
Les compagnons de l'ombre 15 de Jean Marc Lofficier
Noirs Diamants - Le Loup Solitaire 4 de Louis Joseph Vance traduit par Théo Varlet & Louis Postif

Robert Laffont
High-Opp de Frank Herbert

Terre de Brume
Chroniques de l'Après-Monde de Geoffrey Claustriaux

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01 septembre 2014

Ils ont rejoint ma PAL (47)

Août aura été un mois bien particulier. Un mois où, techniquement, les entrées ont été limitées. Pour des raisons totalement indépendantes de ma volonté parce que ce n'est pas l'envie d'acheter qui manque croyez-moi. Je remercie le gentil pirate de ma CB. Les quatre ouvrages que je comptais acheter (La Route de la conquête de Lionel Davoust, Après la chute de Nancy Kress, L'Éducation de Stony Mayhall de Daryl Gregory et Thinking Eternity de Raphaël Granier de Cassagnac) devront attendre un peu.

Du côté des entrées, deux petites entrées seulement, toutes les deux pour le Prix ActuSF de l'Uchronie 2015 : Foudre de Guerre, Chroniques du Grimnoir T3 de Larry Correia et Les Derniers Jours du Paradis de Robert Charles Wilson.

(Clic)

RCWilson COrreia

Des entrées en numérique, ce mois-ci, une nouvelle gratuite a rejoint ma liseuse : « Deuxième personne du singulier » de Daryl Gregory

Ce qui nous donne un total de 2 entrées en PAL puisque les nouvelles ne comptent toujours pas.

Penchons-nous sur les sorties à présent. Dans le désordre le plus complet :

  • Même pas mort de Jean-Philippe Jaworsk, en numérique et rattrapé pour le Prix des Blogueurs du Planète SF. Je vous en reparle bientôt.
  • Trois nouvelles numérique : « En apprenant à être moi » de Greg Egan, « Deuxième personne du singulier » de Daryl Gregory et « Le miroir au fond du puits » de Vanessa Terral. Toutes les trois chroniquées ici : Miscellanées de nouvelles (8) 
  • Dangereux secret, Steampunk Chronicles T2 de Kady Cross
  • La bible steampunk de Jeff Vandermeer
  • l'anthologie Steampunk
  • Les Souffles ne laissent pas de traces de Timothée Rey (en numérique aussi)

Ce qui nous fait 5 sorties pour 2 entrées et une PAL en baisse de 3 livres à 264 livres.

Côté chroniques, pas rattrapé grand chose. Mais, au moins, j'ai causé des nouvelles en compétition pour le prix Rosny, « Le Réveil des hommes blancs » de Christian Léourier, « Durée d'oscillation variable » de Martin Lessard, « Le Chant des baleines » de Stéphane Croenne, « Cuisine kitzyn » de Philippe Curval et « L'Enfant qui s'avance vers nous » de Gulzar Joby :  Miscellannées de nouvelles (9).

Le programme du mois va consister à finir les uchronies à lire pour le Prix ActuSF de l'Uchronie et à tenter de rattraper quelques chroniques Anti-Glace, Les quinze premières vies d'Harry August et Même pas mort par exemple. Il y a aussi une lecture commune de Drift de Thierry Di Rollo en prévision avec Cornwall et Lune. Ce mois-ci Karine et Yueyin relancent l'opération Québec en septembre. Pour participer, rien de plus simple. Il suffit d'aller s'inscrire chez Yueyin ou chez Karine et de lire une œuvre d’un auteur québécois. Tous les billets sont les bienvenus : visite, cuisine, musique, botanique ou ce que vous voulez... Et si vous manquez de lecture, Karine à tout prévu dans ce fil de billets. De mon côté, j'espère lire et chroniquer Les Leçons de la cruauté de Laurent McAllister (pseudonyme de Yves Meynard et de Jean-Louis Trudel quand ils écrivent ensemble) publié chez Alire.

quebec14

 

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31 août 2014

Les Souffles ne laissent pas de traces - Timothée Rey

les souffles ne laissent pas de tracesLes Souffles ne laissent pas de traces
Une enquête de N'a-Qu'un-Œil, chamane-détective, T1

De Timothée Rey

Les Moutons électriques - 313 pages sur la liseuse

Petit voyage dans le temps aujourd'hui. Petit, petit, c'est vite dit, vite écrit. Timothée Rey nous fait tout de même remonter 32 500 ans et nous plonge dans le Paléolithique supérieur pour nous faire rencontrer les hommes de l'Aurignacien.

Lors d'un traditionnel grand rassemblement des clans et des tribus, appelé Jamboree, plusieurs grandes chasses sont organisées. Il faut bien nourrir tous ces clans réunis. Pendant l'une de ces grandes chasses, Aspic Fumée-Rouge, premier fils de la dynaste du clan des Basses-Tourbières (nous sommes dans une société matriarcale, ça change) disparaît mystérieusement. En tant qu'invité d'honneur, il avait revêtu le leurre, un déguisement de bison, pour atteindre plus facilement le troupeau et envoyer la première sagaie. Après le lancer, il s'est volatilisé. Les chasseurs ont retrouvé le leurre vide au milieu de la plaine alors même qu'ils n'ont pas quitté Aspic des yeux. Pour tout le monde, cette évaporation n'est autre que l'oeuvre du Boréal, l'un des Souffles, les dieux capricieux des vents. Il n'y a guère que Collembole N’a-Qu’un-Œil, chamane du clan des Ronces et servant du Grogneur, le dieu-ours de la mort, pour trouver que le Boréal a bon dos. Sceptique, bien décidé à rechercher des indices et à trouver l'origine de cette disparition, il se lance dans une enquête méthodique et rigoureuse, accompagné de son apprenti Farouch Queue-d’Aurochs. Et quand les disparitions mystérieuses se multiplient, l'enquête se corse et le dangers se fait plus présent.

Je ne suis pas fan de polar, mais j'ai tout de suite accroché à celui-ci. Peut-être parce que la période à laquelle il se déroule empêche tout recours à une technologie de pointe et fait fonctionner les neurones du lecteur en même temps que ceux de Collembole N’a-Qu’un-Œil... Ce chamane, ancêtre de Sherlock Holmes se révèle très organisé et perspicace. Il se fonde sur les indices qu'il trouve et sa capacité de déduction fait le reste. Tout comme Holmes, il aime bien laisser ses acolytes patauger dans la mélasse alors même qu'il a déjà compris une partie de l'énigme. Par contre, notre Sherlock des temps préhistoriques devra avoir les reins solides (lui qui souffre de lumbago, ce n'est pas gagné) parce que certains rebondissements sont dignes d'une aventure d'Indiana Jones.
Les disparitions, à la vue de tous, sont étudiées avec minutie et suffisamment ingénieuses (j'allais écrire tordues) pour obliger le lecteur à se torturer les méninges un temps (un long temps même). La description des modes de vie, des cérémonies, des croyances, de la magie, des coutumes et de la gastronomie des clans oscille entre réalisme, anachronismes (parfaitement assumés) et fantaisie débridée. L'auteur ne manque pas d'humour ni dans le ton ni dans le style – les jeux de mots et les références abondent. L'enquête de Collembole N’a-Qu’un-Œil est entrecoupée de courts chapitres égrainant contes, devinettes, aphorismes, comptines, proverbes préhistoriques et énigmes. Même si ces interludes ne sont pas tous réussis (certaines blagues pourraient figurer sur un emballage de carambar – et, attention, j'aime bien les carambar), ils sont, en majorité, piquant, drôle ou facétieux. Personnellement, j'ai aussi été soufflée (ah, ah) par le premier chapitre dont le ton et le propos contrastent fortement avec le reste du roman.

Les Souffles ne laissent pas de traces réussit le pari de marier polar, humour et préhistoire. Le style de l'auteur ne plaira pas à tout le monde (lisez les extraits proposés par l'éditeur avant de vous lancer) mais j'ai, personnellement, passé un excellent moment

Un premier extrait avec une chasse aux indices de Collembole :
Il s’accroupit, observe avec attention et… oui, là, devant… il entrevoit un très faible dessin semi-circulaire, sur la glaise, comme des groupes de sillons concentriques, l’ensemble de la largeur d’un bras et d’une amplitude d’environ deux pas. Et un autre tracé empiète dessus. Et ici encore. Et là.
Collembole se décale latéralement de quelques pas, se met à quatre pattes face au sud (donc au lac), légèrement tourné vers l’est de façon à n’être pas gêné par le soleil qui a bien entamé son lent déclin vers l’ouest, colle son œil au ras du sol. Le Boréal souffle dorénavant dans son dos et, quoiqu’atténué par la proximité du talus, le frigorifie en s’engouffrant sous sa casaque ; de plus, ainsi troussé, le soigneur offre sans doute un spectacle assez burlesque. Mais il n’a cure du froid, et pas plus du ridicule. Il prend son temps. Voyons voir… Aucun doute. Les rayons de l’astre révèlent ce qui serait passé inaperçu aux yeux de quelqu’un dont l’examen aurait eu lieu à un autre moment de la journée. Mettons, en milieu de matinée, lorsque cet endroit se trouvait dans l’ombre des conifères.
Et ce quelqu’un a escamoté des empreintes, et toute autre sorte de trace qui aurait pu être imprimée sur cette plage, en mouillant l’argile pour l’amollir puis en usant d’une branche de sapin ou d’épicéa. Il a ensuite répandu une deuxième fois de l’eau en vue de lisser le tout : les sillons ténus sont trop aplatis, et marqués dans un sol trop lourd pour n’y voir que le travail du vent.

Un autre extrait où nous faisons connaissance avec Choque-Nourrice
Artiche présente à la compagnie les costauds, tous deux armés d’une sagaie : Souci Chez-les-Siens et Choque-Nourrice.
« ‘Scusez, je n’ai pas compris votre premier-nom », fait Aspérule depuis sa position haut-perchée. Le mastard numéro deux réussit l’exploit de le toiser (alors qu’il se tient vingt pas en contrebas) puis rétorque d’une voix rocailleuse :
« Choque-Nourrice n’a pas de premier-nom. Rien ne précède Choque-Nourrice. »
Ce type parle de lui à la troisième personne ? Oui, et après ? songe N’a-Qu’un-Œil, assis à côté d’Aspérule. Tant qu’il fait ce qu’on lui demande… à savoir, exhiber biceps, triceps et deltoïdes tout ce qu’il y a de dissuasifs. Et en user si la dissuasion n’a pas suffi.

Un extrait d'une battle (comme celle des rappeurs, le vainqueur est désigné par acclamation) :
— Si mon ventre était vide comme ta tête, voilà longtemps que je serais mort de faim.
— Oulah ! Risqué de ta part, de parler de tête. Tu es si stupide que, si par hasard il t’arrive de dire quelque chose d’intelligent, tu te retournes pour voir si ce n’est pas un autre qui a causé.
— Un conseil : mieux vaudrait te taire et laisser les gens penser que tu es un idiot, plutôt que de parler… et leur ôter leurs derniers doutes !

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Rupestre fiction

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26 août 2014

Summer Star Wars - Episode II - troisième étape !

LOGO_summer_star_warsTroisième escale de notre challenge estival Summer Star Wars Episode II. Nous appelons ExcelVador sur le pont pour son traditionnel rapport.

Lors de la précédente escale 18 explorateurs avaient publié 63 billets, films, mangas, romans, nouvelles, revues etc. Nous êtes à présent 24 explorateurs (nous accueillons un passager de dernière minute en provenance d'Alpha du Centaure : MqlSz) à avoir arpenté 108 (oui, vous lisez bien, on a dépassé les 100 billets ! Bravi, bravo !) terres inexplorées ou exotiques. Chiwi est le plus intrépide avec 15 billets. il est suivi par Vert et Hari (11 billets). Dionysos89 fait une belle remontée avec 9 billets.  Viennent ensuite Baroona et Lorhhhhhhhhhhhhhhhhhkan avec 7 billets. J'attends toujours la participation de M. Lhisbei. Moi, j'ai fait mon devoir !

Voici la liste des participations :

  • XL : Nico (elle fait sa Loula XL)

Si nous avons omis de recencer votre participation, il suffit de le signaler en commentaire de ce billet. Merci à tous de vos participations et un merci supplémentaire à ceux qui prennent le temps de déposer un lien vers leur participation dans les commentaires.

Une pensée pour les retardataires : e201, Endea, Karel, Loula, Lune, M.Lhisbei, Shaya et Yueyin.

Nous vous rappelons que des livres sont à gagner : L'Éveil du Léviathan de James S.A. Corey grâce aux éditions Actes Sud ainsi que L'Opéra de Shaya de Sylvie Lainé et La Saga d'Oap Tâo de Jean-Marc Ligny grâce aux éditions ActuSf. Les modalités pratiques sont consultables dans ce billet.

 

Récap final le 24 septembre

Bonnes lectures estivales

logo-summer-star-wars-II

 

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25 août 2014

42 - La Grande Question du Lundi (18)

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Déjà une nouvelle édition de la Grande Question du Lundi ? Oui, car l'été se révèle généreux en conneries et, par conséquent, en billets d'humeur bien sentis. Cet été on cause de la SF dans la presse. Bonne nouvelle me direz-vous ! Ben non. Parce qu'il s'en écrit des conneries dans la presse (la presse c'est comme la télé mais sans la vidéo maintenant). Si j'écrivais le quart de ces conneries sur mon blog, je serais immédiatement lynchée sur la place publique virtuelle (comme quoi un professionnel de l'information aura toujours plus le droit à la connerie et à l'erreur qu'un "amateur").

Par quoi commencer ? Par le seul article qui se tienne. Le 9 juillet, 20 minutes nous proposait sa sélection de SF à emporter dans les valises. Au programme (intéressant ce programme) : La fille flûte de Paolo Bacigalupi (qualifié d'excentrique) et l'auteur de l'article liste les autres titres publiés en France, L’éveil du Leviathan de James S.A. Corey (frénétique), Silo et Silo - Origines de Hugh Howey (post-apocalyptique), Morwenna de Jo Walton (féérique) et Destination Ténèbres de Frank M. Robinson (épique). L'auteur de l'article mentionne aussi Lucius Shepard (Le Dragon Griaule) et Daniel Keyes (Des Fleurs pour Algernon). Chaque roman est bien résumé. L'auteur mentionne les prix reçus et distille quelques éléments biographiques au passage. Avec un article de cette trempe (par un journaliste qui connaît son sujet), l'été commençait bien.

Quelques semaines plus tard, ça s'est gâté, quand Télérama s'est mis en tête d'analyser les raisons pour lesquelles la science-fiction n'a plus d'avenir. Enfilage de clichés comme si c'étaient des perles, approximations, généralisations abusives, tout y passe y compris les couvertures criardes, avec des « femmes petitement vêtues » (il achète sa SF en bouquinerie l'auteur de l'article ?).
Pour étayer ses « arguments », il a interviewé quelques éditeurs. Et là, ça devient franchement très drôle.
Gilles Dumay ouvre le bal. Ce n'est une surprise pour personne, l'éditeur communique régulièrement sur la difficulté à faire vivre sa collection. Il est transparent sur les chiffres de vente (ainsi que sur la politique de fixation des prix - souvent élevés - de son catalogue et que sur la politique en terme de numérique - si on peut toutefois appeler ça une politique - du groupe Gallimard puisque Denoël en fait partie). Personne n'est donc surpris quand il annonce vendre peu et, surtout de moins en moins : certains titres ne dépassent pas les trois cents exemplaires vendus. (Rassurez-vous, grâce à Morwenna la collection ne décédera pas en 2014 : une seconde réimpression de 1000 exemplaires a été lancée en juillet 2014). Bon ce qu'oublie de dire l'auteur de l'article, pour replacer cette info dans le contexte, c'est que beaucoup de livres se vendent à 300 exemplaires ou moins (en littérature générale comme en littérature de genre). Ce n'est pas un phénomène propre à la SF. C'est un phénomène propre à l'industrie du livre : beaucoup de roman publiés en même temps, une durée de vie de plus en plus courte dans les rayons des librairies (avec un pilon parfois en bout de course), peu de canaux de communication (et les éditeurs communiquent sur les locomotives parce que c'est ce qu'on leur demande) etc. Je ne vais pas détailler ici le modèle de l'industrie du livre ; c'était le boulot du journaliste. Boulot qu'il n'a évidemment pas fait dans son article.
On continue avec Antoine Caro (Robert Laffont) qui annonce que, pour la collection « Ailleurs & demain », « On essaie tout ce qu'on peut, mais ça ne prend plus ». Voui, voui, voui. Vous avez regardé le programme des deux dernières années de cette collection ? En 2013, sur les 4 livres publiés, on trouve une réédition, une « Dunerie » par le fils Herbert, une « Asimoverie » dénaturée et un seul roman original. En 2014, deux romans publiés : une réédition, une suite à l'asimoverie dénaturée. On a tout essayé ? Ben voyons. LOOOOOOOOOOOOOOOL. 
Olivier Girard tient des propos plutôt modérés et prudents (au regard de ses éditos dans Bifrost). Il avance quelques hypothèses mais sans tout à fait étayer ses propos (ou alors le journaliste n'a pas jugé bon de les retranscrire) et termine sur une note positive : « N'empêche qu'il reste quantité de grands livres à faire découvrir. » C'est bien de le dire. Il est de bon ton d'enterrer la SF, d'affirmer qu'elle est morte ou qu'elle s'est dissoute dans la littérature générale (ce qui est faux, la SF dans les collections mainstream procure rarement le vertige propre aux grands romans de SF : pas de mise en perspective de la société, pas de spéculations sur l'humanité, elle est souvent réduite à un élément de décor - une histoire d'orpheline dans une société dystopique, une enquête policière à tendance cyberpunk etc.) En réalité c'est le modèle économique de la littérature de SF qui ne fonctionne plus. Pas le genre en lui-même. Il y a moins de lecteurs de SF ? La mode est passée : la conquête spatiale ne fait plus rêver, le monde est en crise depuis les années 70, d'autres loisirs sont venus grignoter le temps dédié à la lecture ... Adaptons-nous parce que nous ne voulons pas que la littérature de SF meure.

L'auteur de l'article se mélange allègrement le clavier lorsqu'il annonce que les « éditions Bragelonne, longtemps symbole de la petite maison indépendante, ont vu Hachette entrer de façon importante dans leur capital » alors que Hachette est simplement devenu leur nouveau diffuseur.
Autre passage assez drôle : « La SF est partout, et du coup n'est plus nulle part. Actes Sud a certes surpris en créant récemment une nouvelle collection, « Exofictions ». Parfait ! Mais comme des jeunes filles timides dissimulant leurs charmes, les couvertures ont soigneusement gommé ce qui pouvait rappeler le genre… » C'est vrai que la couverture du Corey est exempte de toute trace de SF (non, non, je n'annonce pas du tout que c'est du space opera). Celle d'Ada aussi (comment ça c'est de la SF ?). Et celle du Lafferty alors ? 

couvertures-exofictions

L'article a fait réagir sur les réseaux sociaux, et pour un décorticage en règle, je vous invite à lire l'article de Univers Marvel & autres comics. De mon côté, je sais pourquoi  je n'achète pas Télérama.

Troisième article publié, le 09 août, sur le Nouvel Obs : Que lire cet été ? 5 livres de SF à dévorer, de L'éveil du Léviathan à Anti-glace. Ce top 5 est concocté par un libraire en science-fiction dans une librairie spécialisée lyonnaise (dont je tairai le nom grâce au peu de charité qu'il me reste de mon éducation chrétienne). La sélection en elle-même se révèle plutôt intéressante mais les commentaires sont, pour le le moins, maladroits. Au programme : Sans âme de Gail Carriger (qualifié de « version très légère et fantaisie d’un Emily Bronté » (hum, Brontë peut-être ?) - je vais relire Les Hauts de Hurlevent, seul roman publié par Emily Brontë au fait), L’éveil du Léviathan de James S. A. Corey (« du "Game of Thrones" dans l'espace »), Anti-glace de Stephen Baxter (« Stephen Baxter signe une de ses seules oeuvres lisibles ! C'est une exception chez cet auteur dont la majorité des écrits exige d'être physicien de haut niveau pour le comprendre » oups), Je suis ton ombre de Morgan (sans e) Caussarieu (« qui s'inscrit dans la veine du roman fantastique aux accents gothiques ») et 14-14 de Paul Beorn et Silène Edgar (« On se laisse bercer par l’écriture de Paul Beorn qui a une très belle plume » - et Silène Edgar alors ? Elle doit compter pour des prunes). Si ce sont les conseils d'un libraire, il ne faut pas s'étonner que 1/les blogs deviennent des prescripteurs, 2/les lecteurs ne fréquentent plus les librairies et achètent en lige et 3/les libraires perdent leur boulot. Ce libraire-là a tiré une balle dans le pied de tous ses confrères.

Tout ça pour dire que la SF dans la presse, hein...

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